Le Livre de Guy DELHASSE sur Pierre RAPSAT

Sortie prévue en Avril 2003

Découverte

Extrait de la revue "Une autre chanson" n° 96 de Juillet-Août 2002
(avec l'autorisation de Francis CHENOT)

 

Écrire sur une vie d’artiste - Guy DELHASSE (avec son aimable autorisation)
 
Educateur et journaliste à La Wallonie puis au Matin, collaborateur de la première heure d’Une autre chanson (donc depuis 1980 !), Guy DELHASSE qui est aussi l’auteur d’un livre de référence sur Hugues Aufray (aux éditions "Quorum"), prépare un ouvrage — à paraître, en principe en septembre, chez Luc Pire.
[Note: Commencé le 1er décembre 2000, bien avant le décès de Pierre, sa parution était initialement prévue en septembre 2002, et est reportée à Avril 2003]
 
Ma démarche consiste à parler de la vie d’artiste de Pierre, à partir d’un support qui est l’écrit ce qui n'avait jamais été fait. Cette approche permet de fixer mieux que ce qu’a pu faire la presse quotidienne ou les "médias" rapides ce qu’a été son parcours artistique, sa place dans la chanson française en Belgique, mais aussi au niveau international, mondial. L’écrit, parce que j'aime ça et le sujet, parce qu’il me trottait en tête depuis un bout de temps. Pierre fut, au cours de mes années d’adolescence, mon héros sur scène un chanteur avec une guitare et qui réussissait bien. Cette image m’a traîné dans la tête jusqu’à maturation, et puis il y a eu un déclic. Sa maison de production ne savait pas quand elle allait fêter les trente ans de carrière de l’artiste. J’ai donc pris les devants : s’il y avait à cette occasion un concert, la sortie d’un CD, pourquoi ne pas aussi saluer l’artiste dans la mémoire des mots ?

Pourquoi lui ? Parce qu’il n’y en a pas d’autre, c’est lui. Je ne fais pas de la biographie sur commande. Je disposais d’une base : j’avais tous ses disques, j’avais collectionné ses 45 tours, je l’avais beaucoup vu sur scène. Personne n’ayant fait ce travail avant, je me suis lancé dans l’aventure. C’est un thème accrocheur car Pierre est un cas atypique dans la chanson: il a, à la fois, pleinement réussi sa carrière et l’a loupée, car il n’a pas atteint ces sommets auxquels son talent aurait pu prétendre. Ce livre est donc aussi la défense de l’enfant perdu qui est bien dans son pays et qui, dès qu’il passe la frontière, va à la catastrophe; en tout cas, sur le plan de la popularité. Je n’ai pas de réponse unique quant au fait qu’il n’a jamais eu la vraie place qu’il méritait, mais plutôt des réponses par étapes, c’est-à-dire album par album. C’est d’ailleurs ainsi qu’est structuré le livre : chaque chapitre correspond à un album.

Mais qu’il sorte en France ou en Belgique, il y a toujours eu des raisons diverses qui ont fait que le disque ne marchait pas dans l’Hexagone. Soit il y avait de bonnes dates et la firme de disques ne suivait pas, soit il y a eu rupture de contrat, soit le disque sortait et les concerts étaient annulés... Pierre aura vraiment tout connu comme motifs d’échecs successifs. Jusqu’à ce revers ultime du sort, en guise de conclusion finale, mais qui, pour moi, ne constitue pas un échec. Pierre a eu une vie d’artiste et a été heureux en tant qu’artiste. Il ne prenait pas ses déboires comme des échecs fondamentaux, il n’était pas amer comme d’autres et ne se morfondait pas. Puis cette fin, à laquelle personne ne pensait, mais elle était là, irrémédiable.

Sur le plan personnel, je l’ai en fait peu connu. Au départ. je voulais d’ailleurs faire le livre sans lui et puis je me suis rendu compte que j’avais besoin d’informations détaillées que lui seul pouvait me donner. Ce que j’ai essayé de sentir au travers de ce qu’il me disait, les quelques fois que je l’ai rencontré chez lui, c’était sa vision des choses que je voulais à tout prix restituer. Son apport informatif n’a donc pas été important mais, à travers le décryptage de sa personnalité, mon écriture a pu — je crois — rejoindre sa sensibilité d’artiste. C’est ainsi que j’ai pu découvrir cette volonté d’indépendance qui le conduisait à se méfier des structures officielles, cette hargne d’être lui-même en acceptant certes un minimum de compromis mais en restant toujours fidèle à lui-même, enfin cette unicité, car il est seul dans le paysage francophone à avoir eu un tel parcours. C’est un peu tout cela que je voulais comprendre en dialoguant avec lui. Le livre n’est pas un au-revoir à l’artiste. Mon au-revoir, je le lui ai dit en allant à l’enterrement. Mon livre serait plutôt un bonjour...

Propos recueillis par Camille Herremans

 

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